Photo : Gala de Danse de Mathilde, leur scène .
Invention : Dans Cyrano de Bergerac, avant le lever du rideau, " Tout le monde s'immobilise. Attente ". Vous allez assistez à la représentation d'une pièce que vous connaissez. Les Lumières s'éteignent progressivement. Vous découvrez l'espace scénique. Faites part de vos réactions, de cette expérience des premiers instants du spectacle. Attention, il ne s'agit pas de raconter la pièce.
" J'étais là, assise sur mon fauteuil numéroté F012, correctement placée au centre de la salle, la cabine son quelques dizaines de mètres derrière moi, surplombant la scène, dont le plancher noir tout juste lavé la veille ou l'après midi même allait accueillir dans quelques minutes un duel entre Electre et Clytemnestre, entre une fille et sa mère. L'heure du destin a bientôt sonné. L'heure de la représentation est maintenant comptée.
Une voix de femme au micro demande l'attention et le silence des spectateurs dans la salle. Les lumières sombrent. Seuls pouvais-je apercevoir des centaines de petits miroirs blancs en alerte, rivés vers le monde des comédiens, en haleine de voir comment la Troupe du Théâtre du Nord allait jouer cette pièce de Giraudoux, Electre. J'aime cet instant. Cet instant où le public composé de personnes, d'hommes, de femmes et d'enfants tous différents, forment une unité, une masse noire avide d'absorber chaque réplique, chaque geste provenant des personnages, évoluant selon la volonté d'un metteur en scène dans un décor propre à la pièce. Silence dans l'Assemblée. Et presque en était-il que j'aurais pu croire que tous les spectateurs, moi y compris, avaient le souffle coupé. Chaque filet d'air semblé être aspiré par le rideau en feutrine rouge qui se levait.
Noir complet dans la salle. Le néant, comme Electre est vêtue de noir à l'instant où les projecteurs s'animent. Il n'y a pas de musique, tout est calme. Ce personnage me fascine. Elle est là, debout, le regard au loin, vide. Derrière elle, trois pots de fleurs des plus simples. Quand elle ouvrira la bouche, le temps s'arrêtera et fera place à la vérité sur la mort de son père. C'est çà que j'aime au théâtre, être suspendue aux lèvres des comédiens, qu'ils jonglent avec mes émotions.
Paradoxalement, seules Electre et les fleurs occupent toute la scène. C'est un décor simple, des costumes simples. Mes sens restent éveillés, tout comme je sais d'avance qu'Electre éveille la méfiance de son frère Orestre au sujet de sa mère. Electre entrouvre ses lèvres. Des répliques complexes s'enchaînent avec simplicité.
C'est la magie théâtrale qui me permet de m'évader, autant que le retour de la lumière verte éléctrique du panneau 'Sortie' de la salle me renfermera dans la réalité, emprisonnée. "
Léa. Lundi 22 juin 2009, Bac Français